2
Fév
2020
0

Histoire n° 41 : La dernière création

Ce matin, au grand salon annuel de botanique, la Nature dévoilait sa dernière création. Depuis des mois déjà on attendait ce jour, on chuchotait dans les couloirs, on imaginait… Et les journaux spécialisés faisaient les plus folles conjectures se fondant, soi-disant, sur des sources on ne peut plus fiables travaillant au plus près du mystère. Ce grand jour arrivé, chacun faisait semblant de vaquer à ses occupations alors que l’attention de l’ensemble du monde était tournée sur la dernière actualité. 

Depuis que la firme multinationale avait communiqué sur le sujet, sa cote n’avait cessé de grimper. Elle promettait des innovations jamais vues encore pour son nouveau produit phare — qui, elle l’espérait, convertirait cette fois les plus désintéressés à sa cause. À 15 h pile, comme annoncé, le grand rideau noir nous séparant du secret tomba et l’ébahissement fut général. Tout était là. Réuni en une seule création. Les teasers n’avaient pas menti. 

On crut d’abord à un nouveau végétal de par la texture et la couleur, mais très vite, on comprit qu’il était d’un genre tout différent. On vit une feuille commencer à frémir et dérouler lentement deux ailes ; un bec se détacha de la masse : la plante se faisait oiseaux. Elle avait leur délicatesse aérienne, leur subtilité et en même temps, par ses racines qu’on sentait si bien enchevêtrées dans la terre, une stabilité invariable et pérenne. 

C’est là que sous les yeux de tous se produisit le plus beau. Alors que la nature nous avait habitués à voir retomber les feuilles d’automne vers le sol pour ne plus jamais revenir à leurs arbres, on vit les feuilles-oiseaux se détacher lentement de leur plante et prendre d’un seul coup de la hauteur. Elles s’élevèrent en tourbillonnant encore et encore pour aller se gorger au plus près de tout le soleil possible. Puis, en suivant dans les airs le même tracé, on les vit simplement revenir se poser pour nourrir de lumière leurs origines. 

Cette année-là, les ventes de ce produit multiplièrent par deux les bénéfices de l’entreprise et la Nature fit son entrée au CAC 40.

Aude Berlioz

Vous aimerez aussi...

Histoire n°12 : L’oubli