7
Avr
2020
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Histoire n°92 : La montée des eaux

Cela faisait plusieurs jours qu’il pleuvait à Grenoble, chaque matin un peu plus fortement. La pluie était chaude et lourde et les rivières alentour commençaient à sortir de leur lit. En rejoignant le nôtre, ce soir-là, nous étions pourtant sans inquiétude. On se dit « bonne nuit » comme à l’accoutumée et chacun s’étala de toute son envergure sur la moitié qui lui était réservée. 

Mais, au matin, la surprise fut totale. Nous étions en plein milieu du jardin qui était immergé sous deux mètres d’eau, toujours couchés sur notre matelas transformé maintenant en radeau. Il ne pleuvait plus, mais les eaux avaient tellement monté durant la nuit qu’elles étaient venues nous cueillir à notre étage et nous emportaient maintenant avec elles.

Autour de nous, flottaient divers objets et mobiliers auparavant ancrés dans notre appartement. À tour de bras, on attrapa alors tous ce qui pourrait nous servir –  chapeaux, serviettes et crème solaire. Et, en un instant, entraîné par le courant, nous étions sortis du jardin dévalant une pente nous emmenant droit jusqu’au centre-ville.

Sur le chemin, d’autres rescapés en radeaux de fortune nous tendirent une planche de bois qui devait nous aider à nous diriger. On put alors prendre la direction des quais et l’on arriva directement sur Jean Jaurès où, pensions-nous, ce serait l’occasion de faire quelques courses. Mais à l’arrivée, le spectacle était saisissant… La ville entière était recouverte d’eau et la chaleur commençait à monter en cette journée très ensoleillée. En une nuit, Grenoble était devenu une station balnéaire et les gens ne semblaient pas plus surpris de la montée des eaux. D’un côté, on plongeait des immeubles pour se rafraîchir, d’un autre, on s’amarrait à un lampadaire pour un pique-nique improvisé… Des rires et des cris joyeux fusaient de toutes les rues. Et chacun semblait s’être donné le mot de tirer parti de cet événement inattendu. 

Nos emplettes terminées, il ne restait qu’une chose à faire : choisir d’en profiter nous aussi. Un immense fleuve formé entre les montagnes nous ouvrait maintenant grand la voie. Qu’importe, se dit-on, partons en voyage ! Et, sans un regard en arrière, on prit la direction du soleil…

Aude Berlioz