18
Août
2020
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Histoire n°53 : Mon Orient-express

Chaque nuit, je pars de Paris, de l’ancienne gare de Strasbourg. Je monte dans un train à Moscou. Le son de tes ronflements, mon amour, est une locomotive qui démarre, saturée de vapeur et de sifflements.

Dans tes ronronnements, il y a des nuits qui filent, des tunnels qui s’allongent et, nous deux, dans un wagon lit. Sous les néons jaunes, les rails capricieux nous malmènent : nous sommes dans un train bleu au décor de cuir fauve et de tapis rougissant. 

Par les fenêtres, tout change. Il y a de grandes horloges auxquelles nous n’obéissons plus ; des écritures en transformation continue. Aux rythmes infatigables de tes grondements, nous traversons des paysages impossibles.

Il y a de hautes croix d’or sur des monuments colorés. Des drapeaux flottants sur des plaines infinies. Il y a la glace déchirée d’un immense lac gelé et de longs chevaux perdus dans des forêts.

Dans notre wagon, un peu plus loin, il y a Cendrars et la pute Jeanne, des kilos d’épices où l’on plonge les doigts, et des crimes secrets aussi, jamais résolus. Bientôt, ce seront les murailles et les temples du ciel. Les mille mosquées du Bosphore… 

Chaque nuit, mon Orient-express, je pars de Paris, de l’ancienne gare de Strasbourg. Je monte dans un train à Moscou. Chaque matin, mon Transsibérien, j’arrive en gare de Pékin, et de Constantinople aussi… 
sans avoir dormi !


Aude Berlioz

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